Sabrina Carpenter est-elle vraiment féministe ?

C’est une artiste pop qui a fait couler beaucoup d’encre cet été 2025. Sabrina Carpenter est tantôt décriée comme étant un pur produit marketing anti-féministe,  tantôt adoubée pour sa pop fraîche et engagée pour les droits LGBT. À l’heure où le monde plonge dans une vague conservatrice, le rôle des artistes est éminemment politique. Mais Sabrina Carpenter est-elle vraiment féministe ou sert-elle d’alliée au conservatisme ?

Un contexte tendu

L’annonce de la sortie de son dernier album “Man’s Best Friend” a fait trembler la toile. Sur sa pochette, elle est représentée à quatre pattes, tirée par les cheveux par un homme debout. 

La polémique massive autour de cette pochette est symptomatique. Chaque image d’une femme est surinterprétée, scrutée et instrumentalisée. Sabrina Carpenter se retrouve au cœur de cette confusion. Est-ce un choix de véhiculer une telle dissonance ou est-ce qu’elle n’a juste pas poussé l’intellectualisation esthétique suffisamment loin ?

Avec la sortie de cet album, le 28 août dernier, j’ai obtenu la réponse. Satire ou connerie ? J’opte pour la deuxième option. 

Lis mon article complet juste ici. 

Un féminisme sex-positif… complètement daté

J’ai écouté son précédent album avec beaucoup d’entrain : Sweet’n Short était juste ce qu’il fallait. Un peu drôle, un peu misandre, super entraînant et abondamment à l’aise avec le sexe. Sa tournée mondiale en fut également la preuve puisque tout le spectacle était pensé autour d’un date avec un mec, se terminant avec une partie de jambes en l’air. 

Cool. 

Mais. 

Quoi de neuf avec ce nouvel album ? Rien. 

Si ce n’est que Sabrina Carpenter a tenté d’écrire à nouveau des textes drôles et cheeky-sneaky mais je trouve que rien ne l’est. Tout est plutôt gênant.

@sakeenahgodfrey

pop culture doesn’t exist in a vacuum. so the controversy over sabrina’s album cover & sydney sweeney’s *entire existence* is really just a sign of the times ☠️💧 #feminism #mansbestfriendcover #decentermen #4bmovement #popculture #womenempowerment #sydneysweeney

♬ original sound – sakeenah

Son sex-positivisme était subversif dans les années 2010

Mais en 2025, c’est daté. 

Britney Spears, Cardi B, Nicki Minaj et d’autres artistes parlaient déjà hyper ouvertement de leur sexualité et de leur désir. C’était nécessaire de passer par une pop culture musicale pro-sexe et ouverte sur l’empowerment à travers le sexe, pour libérer les femmes. 

On a compris…

Aujourd’hui, nous sommes passées à autre chose. Le féminisme pro-sexe des années 2010 ne parlait pas encore d’objectification des corps. Depuis, une des valeurs fondamentales du féminisme, c’est de rejeter le fait d’être objet. C’est devenu central depuis #MeToo. 

La sexualisation nous sert dans notre expression personnelle mais l’objectification sert uniquement le male gaze et le patriarcat.

Nous tentons de décentrer les hommes de nos discours. Sauf que Sabrina Carpenter fait tout l’inverse puisqu’elle sort un album à propos de ses relations amoureuses et sexuelles avec les hommes, où elle est systématiquement en posture de soumission et d’objet.

Si on choisit de se mettre dans une posture de soumission vis-à-vis des hommes, est-ce encore du féminisme ? Ou est-ce juste du marketing qui recycle maladroitement de vieux codes ? 

Le piège du male gaze et de l’esthétique tradwife

Sabrina Carpenter s’appuie sur une esthétique très codée : celle de la housewife américaine des années 50. Brushing impecc’, robes cintrées, postures soigneusement construites pour séduire. 

Sauf que cette identité n’est pas neutre.
Elle forme une représentation de la femme pensée pour plaire au regard masculin en la réduisant à un objet désirable et docile. Cela devient une reproduction presque nostalgique de ce passé, dans la lignée de la tradwife  – ce courant qui glorifie le retour des femmes au foyer, au service des hommes.

Une romantisation du male gaze

En reprenant ces codes sans véritable détournement, Sabrina tombe dans un piège. Elle rejoue une représentation de la femme, pensée pour plaire au regard masculin : désirable et docile. 

Problème : cette esthétique est aujourd’hui récupérée par des discours conservateurs et antiféministes. Sabrina Carpenter met alors du vernis sur un système qui perpétue le patriarcat. Quand elle chante ses relations ratées ou se montre en position de soumission dans ses visuels : elle conforte le male gaze. Et c’est chiant. 

Du féminisme conservateur déguisé

Les paroles de son album Man’s Best Friend rendent romantique la misogynie : au lieu de la dénoncer, elle accepte le rôle qu’elle joue dans la vie des mecs qu’elle rencontre. Elle raconte comment elle subit les relations et présente son corps comme toujours disponible pour les hommes.

Do you want the house tour?
I could take you to the first, second, third floor (I could take you to the—)
And I promise none of this is a metaphor (And I promise none of—)
I just want you to come inside (Inside)
But never enter through the back door

Paroles de House Tour, Sabrina Carpenter.

Oskour.

Dès lors que tu ne remets pas en question la misogynie et les relations hétéroocentrées, c’est que tu en profites d’une certaine manière

L’hypersexualisation : une stratégie des femmes blanches

Avec cet album, Sabrina Carpenter romantise la misogynie en jouant avec les idées de soumission. La femme blanche est vue comme une femme fragile, ayant besoin d’une protection masculine. Ce n’est pas le cas des femmes racisées qui sont sexualisées et déshumanisées depuis toujours. 

@joibeansss

Ignore my skincare but my thoughts on sabrina carpenter’s new album cover #manchild #sabrinacarpenter

♬ original sound – aria joi🧃

Les femmes blanches peuvent choisir d’être sexuelles sans que cela devienne une étiquette à jamais. Cela dit, je nuance ce propos avec l’exemple de Pamela Anderson (un article est à venir) et de mon propre vécu. Je pense que toute femme est systématiquement objectifiée. Mais en étant une femme blanche, c’est évident que je le suis moins qu’une femme racisée. 

Je vous invite à écouter ce podcast

En fait, Sabrina Carpenter fait le choix d’une hypersexualisation et d’une soumission qui peuvent être temporaires car elle pourra changer d’identité à n’importe quel moment. Mais la confusion qu’elle crée est dangereuse : elle prétend ne pas voir le problème alors qu’en réalité, elle nourrit le patriarcat à coups de refrains entraînants. 

L’incohérence du personnage public

Alors oui, je sais : vous allez peut-être me dire qu’elle a fait une belle performance sur Tears, aux VMAs 2025. 

Il y a des personnes queer et trans, du voguing (emblématique de la culture queer). Mais est-ce vraiment sincère ? Je me pose la question tant elle ne semble pas réellement incarner ces valeurs pourtant affichées lors de cette performance. Sans parler des paroles conservatrices et juste… pas drôles. 

A little initiative can go a very long, long way
Baby, just do the dishes, I’ll give you what you (What you), what you want
A little communication, yes, that’s my ideal foreplay
Assemble a chair from IKEA, I’m like, « Uh » (Ah)

Paroles de Tears, Sabrina Carpenter.

Un album immature

Je l’avais déjà affirmé : pour moi, cet album est arrivé trop tôt. C’est comme si Sabrina Carpenter avait balancé ses premières idées sur le papier sans prendre le temps du recul et de la maturité.

Ses interviews le prouvent : elle a une posture qui, d’une part, laisse à penser que sa fanbase sait ce qu’elle raconte. Or, la polémique montre l’inverse. D’autre part, elle ne répond pas réellement aux questions et exprime une réelle superficialité intellectuelle. 

@cbsmornings

#SabrinaCarpenter says she is taking online opinions of the cover art for her new album, “Man’s Best Friend,” with “a grain of salt.” “It’s perfect for what the album is, it’s perfect for, you know, kind of what it represents,” she told Gayle King. #mansbestfriend

♬ original sound – CBS Mornings

Alors, à la question : Sabrina Carpenter est-elle vraiment féministe ? 

Ma réponse est non. Elle incarne un féminisme blanc, hétéronormé et dans le fond, conservateur. Il est utile pour créer une fanbase apolitique mais sans aucune profondeur.

Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, ce sont des artistes qui décentrent les hommes et interrogent le système : Lady Gaga, Chappell Roan, Olivia Dean ou Raye. Pas des artistes qui utilisent le male gaze et le patriarcat sans en détourner les codes et en les repeignant façon “empowerment féminin”.

xoxo 
Elena

Autres sources :

@barak_a_

‘I don’t owe it to anyone’ girl you owe it to yourself 😔😔 #sabrinacarpenter #mansbestfreind

♬ original sound – Baraka

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