La mode peut-elle nous sauver du fascisme ?
J’ai vu défilé cette question plusieurs fois ces dernières semaines, souvent comme une forme de solution maladroite mais sincère, face aux répressions ICE et autres dingueries du monde dans lequel on vit. Alors, la mode peut-elle nous sauver du fascime ? Pensez-vous qu’un défilé inclusif ou un tee-shirt à message peuvent suffire à contrer une idéologie fondée sur le contrôle et l’effacement des singularités ?
Posons-le clairement, dès maintenant : la mode ne nous sauvera pas du fascisme.
Cela dit, croire que la mode est neutre serait une erreur.
Le fascisme déteste le désordre et la joie
Historiquement, les régimes fascistes ont toujours entretenu un rapport obsessionnel à l’esthétique :
- uniformes strictes, en veux-tu en voilà
- palettes de couleurs réduites (beige, marron, noir, kaki = tout pour faire la gueule)
- silhouettes normées (y’a rien qui dépasse)
- genres clairement assignés (le fascime n’aime pas le doute)
- architecture ultra minimaliste (ce qui est fun est pas valorisé)
L’uniformité facilite le contrôle. Les contrôles d’identité et de populations.
Un corps qui ressemble à l’autre est un corps plus facile à classer, à surveiller et à discipliner. C’est aussi plus facile de contrôler une masse de personnes qui se ressemblent – où rien ne sort du cadre (contrairement au cornichon qui se fait la malle à chaque bouchée de mon burger veggie).
Adolf Loos, architecte autrichien et gros facho, associait déjà l’ornement, la couleur et l’excès à une forme de criminalité.
Le mythe du minimalisme “neutre”
Quand Pantone nomme Cloud Dancer comme couleur 2026 – un blanc présenté comme apaisant – ce n’est pas anodin. Le blanc est historiquement chargé et associé à la pureté ayant notamment justifié le racisme tout au long de son histoire.
Cloud Dancer est, pour moi, la couleur qui raconte clairement la montée du fascisme dans le monde. On continue de nous tambouriner le minimalisme et le blanc comme étant intemporels et chics. Or, c’est aussi une esthétique de l’effacement. Coucou la #CleanGirl
–> Pas de place à l’émancipation individuelle et collective quand on vit dans une société qui prône le minimalisme !
Corps disciplinés vs corps vivants
Le défilé de Jeanne Friot est intéressant précisément pour ça : le « faire groupe » avec des corps en mouvement et des corps queers, trans, vieux, jeunes, trapus, fins… Oui, la majorité des modèles restent musclés parce que ce sont des danseurs et danseuses. Nous sommes malgré tout loin d’une volonté d’uniformité esthétique.
Soyons vulgaires
Avez-vous déjà été traitée de :
- “vulgaire”
- “trop much”
- “pas élégante”
- “pas sérieuse”
Il s’agit déjà là de quelque chose de politique. Car oui, porter du rose, du violet ou du vert, c’est refuser l’effacement et la « mise au rang ». Prendre de la place avec des tenues qui obligent les regards au détour, c’est s’imposer dans un monde qui veut de l’uniformité.
Le fascisme adore assigner les femmes à des rôles qui ne font pas de vague. Alors, faisons des tornades !
La mode n’est pas une solution mais un outil
Depuis des années, la mode est passé du rang d’art à celui de pilier du capitalisme. Elle érige toujours le mec blanc et riche au rang de superstar.
Beaucoup d’exemples historiques ont prouvé que la mode a su joué un rôle prépondérant dans la visibilisation des luttes sociales : Suffragettes, Black Panthers et j’en passe…
C’est plutôt évident qu’un tee-shirt à message ne renversera pas la montée du fascime.
Mais est-ce que ça peut aider ? Oui.
La mode, surtout celle que l’on porte dans la rue, est un véritable outil d’expression de ses convictions.
Le fascisme est là, mais nous aussi.
La mode ne nous sauvera pas.
Mais elle peut :
- nourrir l’imaginaire
- soutenir les luttes
- rendre visibles les résistances
- rappeler que la joie, la couleur et le collectif sont déjà des actes politiques
Alors utilisons ce que nous avons déjà dans nos placards : nos combos improbables, nos couleurs et nos corps !
Pas pour être “tendance”. Mais pour dire clairement : nous ne voulons pas d’un monde fasciste.
xoxo
Elena (sans H)
Sources :
https://afropunk.com/2024/12/op-ed-the-peoples-ozempic-thinness-white-supremacy-and-fascism/
https://www.konbini.com/popculture/fashion-week-de-milan-quand-la-mode-se-mobilise-contre-le-fascisme/
https://www.instagram.com/p/DTwObIHCKue/
https://www.instagram.com/p/DT0oBHNDB-Q/
https://www.pantone.com/eu/fr/color-of-the-year/2026?srsltid=AfmBOopgUjse1LR9uq23RaPt6UnfWC8g54_0ermxVvvSVeZr-ELcvBbo
https://blogs.mediapart.fr/sarah-atallah/blog/190325/bout-de-chair-le-fascisme-des-corps-affames



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