Consommer de la mode éthique, c’est quoi ?
Chaque mois, j’invite mes abonnées à poser des questions en commentaire et j’en choisis une à laquelle répondre. Cette fois, c’est tombé sur une réaction d’un article de Frustration Mag, sur la consommation de mode éthique. Voici ce que j’en ai pensé.

Pour moi, s’habiller avec des marques de mode éthique, c’est un truc de riche.
Et donc, je suis entièrement d’accord avec cet article.
Le point de vue soutenu par Nicolas Framont est celui d’un mode de consommation qui se dit “éthique” mais qui reste finalement capitaliste car synonyme de domination par le style, le coût et la qualité des vêtements.
Finalement, éthique, ça veut dire quoi ?
C’est peut être là le sujet aussi : il y a trop de zones de floues dans ce mot, soutenu par l’industrie du textile et les politiques, qui – comme le dit Julia Faure :
…devient une caution pour continuer à faire n’importe quoi.
Mais regardez, y’a Patagonia, 1083, Le Slip Français et toutes ces marques qui montrent que l’industrie textile change et fait les choses bien !
Et à côté, t’as le BHV qui déroule le tapis rouge à Shein et une consommation textile qui ne cesse de grimper… mais pour de la grosse daube. Sans compter qu’on n’a pas besoin de produire ni de consommer plus.
Dans tous les cas, sans politiques et régulations strictes, rien ne changera vraiment.
L’autre sujet de cet article, c’est le jugement de valeur en fonction de ses choix vestimentaires.
Et c’est pareil : j’en ai pleinement conscience.
Y’a quelques années, je jugeais quelqu’un qui me montrait fièrement sa doudoune Mango… Mais si t’as pas les moyens d’acheter une doudoune fabriquée en Europe, en tissus Nona Source à 450 balles, bah… je le comprends.
En fait, si ta doudoune Mango, tu la gardes 10 ans… bah qu’est ce qu’on s’en fout que ce soit une doudoune Mango !
Du coup…
Est-ce que la vraie consommation éthique, ça ne serait pas justement celle de la durabilité au sens de durée ?
Que, lorsque t’achètes un vêtement, ton intention soit de le garder le plus longtemps possible, de le transmettre et de le chérir. En dépit des tendances et des injonctions à avoir ça ou ça.
Y’a aussi un sujet “psychologie de la mode” sur la consommation en elle-même : pourquoi a-t-on besoin d’acheter de la mode ? Gros sujet ici en ce début d’année, alors que je me lance dans un #nobuychallenge
Bref…
Sur SANS H, je vous partage des looks essentiellement composés de vêtements de seconde main et de vintage. C’est aimer et porter ce qui a déjà été produit et qui est de meilleure qualité et plus abordable que la mode éthique.
C’est aussi pour ça que je vous apprends à utiliser les fringues pour vous amuser et pas pour ressembler à tout le monde. Parce que les trends participent à la surconsommation de mode.
Et enfin, c’est pour ça que je choisis finement les marques dont je parle. Elles ne seront pas toutes parfaites – je pense à Make My Lemonade par exemple – mais, dans mon approche de sociologie de la mode, l’exploration de son propre style et le female gaze – ce regard féministe auquel je tiens tant – sont des éléments cruciaux.
Bien entendu, cela ne peut pas concerner absolument tout le monde car la meuf qui pense à sa survie chaque jour pour manger, boire, dormir au chaud et payer son loyer en aura probablement rien à carrer de ce que je raconte. Mais vraiment, c’est pour ça que je vous invite systématiquement à regarder autrui avec bienveillance – car on ne sait jamais ce qu’il se passe dans la peau de l’autre.
Alors merci pour cette question qui m’a permis d’affirmer un peu plus mes convictions !
xoxo
Elena (sans H)



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