3 vêtements aux identités queer

Qui n’a pas un jour porté un bandana, un costume ou un crop top en ressentant une forme d’allégresse et de d’affirmation de son style ? Eh bien… ce n’est pas pour rien. Faisons le point sur ces 3 vêtements aux identités queer.

Le style comme moyen d’émancipation queer

La mode n’est pas superficielle. Dans l’histoire des communautés queer, les vêtements ont toujours été un langage, un bouclier, un outil d’affirmation de soi. Quand tes vêtements et ta présence dans l’espace public sont constamment jugés ou invisibilisés, la mode devient un acte politique.

Dans les luttes LGBTQIA+, le style a toujours été un moyen d’émancipation. Révéler, exagérer, brouiller les pistes ou affirmer une fierté : chaque détail peut porter une mémoire collective ou une résistance euphorique. C’est pour ça que certaines pièces sont devenues iconiques. Pas seulement parce qu’elles sont stylées. Avant tout, parce qu’elles racontent une manière d’exister.

Le mois des fiertés qui vient de s’écouler, est un moment important pour rendre tout cela visible. Mais réduire la fierté à une case dans le calendrier, c’est passer à côté de l’essentiel – un peu comme s’intéresser aux droits des femmes uniquement le 8 mars… Parce qu’être soi, dans un monde qui te pousse à te cacher ou à te conformer, c’est un choix qui est à prendre tous les jours. Et ça, ça dépasse largement le mois de juin.

Ok, parlons du bandana. 

Le bandana : un langage de résistance

Le mot “bandana” vient du sanskrit “badhnati” qui veut dire “nouer. Les néerlandais et les anglais important le bandana en Europe, au 18ème siècle avec notamment son imprimé phare : le paisley (qui tient son nom de cette ville écossaise qui a vu naître Paolo Nutini – un détail qui n’est pas des moindres à mes yeux). 

Au 19ème siècle, le bandana est adopté par les travailleurs et cowboys américains pour les protéger entre autre de la poussière.

Bon, et c’est quoi le rapport avec les communautés queer ? 

Dans les années 70, les gays – il semblerait de San Francisco – développent ce qu’on appelle le “hanky code”. Hanky était le diminutif du mot anglais pour dire “mouchoir”. C’est un code de couleur et de placement pour afficher dans le dire, ses préférences sexuelles. C’est un outil de drague, de reconnaissance et de sécurité. Si on clame pas haut et fort qu’on aime la levrette entre hommes, pas de risque de se faire agresser !

Cet accessoire aujourd’hui très à la mode, était à l’époque, une forme de communication marginale. Comme le dit Irelle

“Parfois, porter un bout de tissu, c’est aussi refuser de se taire.”

@sapcology

Le bandana « en vrai » c’est une archive textile. De l’Inde aux cowboys, des ouvriers aux raves queer, le bandana a tout vu. Il a filtré la poussière, masqué des visages, codé des révoltes…! . . . #histoireensape #SAPcology #EnclothedCognition #pourtoii #HistoireDuStyle #StylePolitique #WearYourPower #bandana #RevolutionVestimentaire

♬ original sound – isaintjames

Source : https://www.lesechos.fr/weekend/mode-beaute/mode-lhistoire-du-bandana-1399343

Le costume : l’androgynie en uniforme

J’en ai déjà parlé dans cet article : le costume ou tailleur-pantalon permet à celleux qui portent de flouter les lignes des codes vestimentaires genrés. Des figures historiques comme Marlène Dietrich ou Radclyffe Hall furent parmi les premières femmes à porter ce vêtement, à partir de 1933 – tandis que les femmes non artistes ou célèbres continuaient d’être réprimandées par les lois si elles portaient un pantalon. Jusque dans les années 90, une femme qui portait ce vêtement était vue comme très provocante, probablement parce qu’elle se réappropriait le pouvoir masculin, donc le pouvoir dominant, par le vêtement. 

Le crop top pour libérer les corps masculins

Difficile de parler de vêtements comme outil politique sans parler du crop-top, tant il a fait débat. Mais a-t-on parlé du crop top chez les hommes ? Pas assez. 

Le tee-shirt a commencé à se raccourcir dans les années 80-90 dans le sport, la pop culture et les ballrooms. Aujourd’hui c’est un étendard de body confidence : je porte cela pour moi et pas pour te rassurer. Porter un crop-top, c’est permettre aux corps et aux genres “hors normes” de s’imposer dans l’espace public en plus de questionner le regard sur la féminité et la virilité. 

S’habiller, c’est jamais “juste” s’habiller.

C’est choisir ce qu’on montre, ce qu’on cache et ce qu’on détourne.
Pour les personnes queer, les vêtements sont un outil vital : pour exister, pour se reconnaître entre soi, pour résister dans un monde qui n’en veut pas. Même si le monde dont je rêve est celui-là.
C’est une manière d’occuper l’espace, de reprendre le pouvoir sur son image, de jouer avec les codes au lieu de s’y soumettre. C’est ce que j’adore dans les communautés queer et féministes : savoir jouer avec des injonctions et des insultes pour en faire des étendards de fierté !

Oui, la mode peut être joyeuse et créative. Mais elle est aussi profondément politique. Dans un monde qui te lit à travers ton apparence, la subversion peut commencer par un bout de tissu.

Le Pride Month est désormais terminé. Mais la fierté, la vraie, celle qui se construit dans le quotidien : elle continue tous les jours de l’année. 

xoxo
Elena sans H