Cute Girl Summer : entre douceur et résistante

Ni le Hot Girl Summer ni le Brat Summer ne me parlent. J’en comprends l’existence mais ce n’est pas mon cadre de référence stylistique. Parce que j’aime mettre des mots sur les choses – et en inventer parfois, j’ai pensé au Cute Girl Summer. Cette idée va bien au-delà d’inspirations Pinterest et de quelques looks mignons. Esthétique ? Era ? Posture ou manière de se regarder ? Voyons cela. 

L’été et ses injonctions

L’été est le terrain fertile des injonctions à la féminité, à la minceur, à la performance ou à la sexualité. C’est dans ce contexte qu’ont émergé le Hot Girl Summer (porté par Megan Thee Stallion) et le Brat Summer (lancé par Charli XCX en 2024).

Le Hot Girl Summer

Le #HotGirlSummer a été utilisé plus de 100 000 fois lors de l’été 2019 et continue d’exister aujourd’hui, sous d’autres formes (TikTok, trends, playlist, lifestyle). 

À l’origine, Megan Thee Stallion définissait le concept comme le fait d’être pleinement soi, sans s’excuser.

Depuis, l’expression a été largement réinterprétée : aujourd’hui, elle évoque surtout un été de rencontres, de fête, de célibat assumé – “hot” signifiant ici sexy en anglais.

@chiaraking

Hot girl summer is HERE @millane

♬ original sound – niupi.pluss

Source : https://www.latimes.com/entertainment-arts/music/story/2019-07-19/hot-girl-summer-meme-megan-thee-stallion-explained#:~:text=The%20origin%20of%20’hot%20girl,is%20%E2%80%9CHot%20Girl%20Meg.%E2%80%9D

Le Brat Summer

Le Brat Summer est né avec la sortie de l’album « Brat » de Charli XCX en 2024.
La Brat, c’est celle qui aime faire la fête, qui porte des touches de vert pomme, qui n’a rien à prouver à personne. Une rebelle un peu bordélique, 100 % assumée.

Si le Hot Girl Summer est né de manière organique, le Brat Summer est pensé comme une campagne de comm’ très bien ficelée.
Mais leur point commun reste le même : sortir, s’amuser, coucher avec qui on veut.

@thedigifairy

Are you currently having a Brat Summer? 👀💚 bratsummer charlixcx hyperpop trending fyp kamalaharris digitalmarketing foryoupage charli xcx brat kamala harris

♬ Cochise X Playboi Carti Beat – Staysee

Source : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/veille-sanitaire/veille-sanitaire-du-mercredi-04-septembre-2024-5211508

Ok sauf que… je ne me reconnais pas dans l’identité d’une fêtarde, d’une femme à la sexualité libre. Cette féminité et cette sensualité ne sont pas les miennes. Moi, j’ai juste envie d’être cute et de garder le reste pour mon intimité. 

Du coup, j’ai créé mon propre concept – comme un refuge esthétique et identitaire. 

2. Pourquoi “Cute Girl Summer” ?

Tout a commencé sur Pinterest

Je scrollais sur Pinterest au printemps dernier, en imaginant les looks que je pourrais porter. Tout ce que je trouvais était cute et surtout… je me trouvais de plus en plus cute en portant les jupons volumineux, les robes à fleurs et des couleurs à tout va. Forcément, avec mon tableau “DA Spring Summer 2025” m’est venu l’idée du Cute Girl Summer. Mais pour moi, ce n’est pas qu’une esthétique. C’est une véritable ôde à mon identité

Je suis une meuf cute

Je ne me suis jamais vu comme une meuf sexy ou cool. Probablement car les représentations associées ne me touchaient pas. Alors que j’ai toujours été attirée par des silhouettes un peu rétro-vintage : gros jupons, broderie, manches bouffantes, etc. Une esthétique mignonne, quoi. 

Malgré cette attirance pour ce style, je n’ai jamais réellement assumé cette part de moi.
Peur d’être infantilisée à cause d’un froufrou bien placé.
Peur de ne pas être prise au sérieux, à cause du combo “visage de poupon + grande robe à fleurs”.
Peur aussi de ne pas plaire aux hommes. Et puis, il faut avoir la force de se moquer des regards posés sur des silhouettes ultra colorées. Ce que je n’ai pas toujours eu les capacités à faire

Que ma santé mentale déraille, que je cherche à performer autre chose ou que je n’accepte pas cette part de moi… J’ai mis du temps à me dire que je suis une meuf cute. 

Aujourd’hui, j’ai le sentiment d’avoir profondément connecté à mon identité et à toutes mes parts : la petite fille, la femme confiante et la passionnée de sapes. Ce Cute Girl Summer (et probablement cette Cute Girl Aesthetic, si on veut prolonger l’ambiance), c’est devenu un refuge. Je vous avais même dit que se trouver cute, c’est un acte de rebellion.  C’est un endroit de douceur, choisi en conscience pour exprimer pleinement ce que j’ai envie de raconter et de transmettre. Et puis, je m’amuse aussi avec mon autre esthétique : les tatouages et les piercings, pour créer une sorte de dialogue étonnant entre les deux. Grâce à ce Cute Girl Summer, je réaffirme ces parts de moi que je ne veux plus camoufler.

Comme quoi, la mode n’est pas qu’un bout de tissu ou une façade.
Elle reflète notre santé mentale, nos besoins, nos protections. Et parfois, elle est le premier langage qu’on retrouve quand on recommence à se sentir bien.

Et vous, comment définir votre esthétique ? Permet-elle de vous cacher ou de vous révéler ?

3. Era vs esthétique : les différences

On me demande souvent ce qu’est la différence entre une esthétique et une era

Une era est un récit personnel

Un état d’esprit, une phase de vie, une narration de soi (healing era, bad bitch era, etc.).
C’est temporaire.

Une esthétique est un style visuel. 

Une ambiance, des codes, des couleurs. Ça peut durer ou évoluer, sans forcément être lié à une ère.

Mon exemple :

  • Mon esthétique : Cute Girl
  • Mon era : Girl Boss (je travaille beaucoup, j’ai des objectifs pro ambitieux). Mais je ne m’habille pas comme une girl boss. Tu vois l’idée ?

Si ce n’est pas encore assez clair, voici des exemples de l’industrie musicale👇

Megan Thee Stallion et Sabrina Carpenter : deux exemples d’esthétiques et d’eras. 

Megan Thee Stallion et le Hot Girl Summer

Son esthétique est faite de looks méga sexy, d’influences streetwear et de couleurs pop. Elle arbore une féminité assumée, booty positive et puissante.

L’era de son album Fever raconte comment elle célèbre la confiance en soi, le contrôle de sa sexualité et l’envie de faire la fête. Dans son clip Hot Girl Summer, elle raconte aussi comment le vêtement permet aux femmes de s’émanciper : 

Megan Thee Stallion a transformé le “sexy” en acte politique et collectif.

Sabrina Carpenter

Son esthétique déjà analysée ici est faite de nombreuses influences rétro : baby doll, pin-up années 50-60, house wife, porte-jarretelle, couleurs pastel. Sa DA s’est bel et bien installée : on reconnaît son style maîtrisé. 

L’era de son dernier album était celle d’une sexualité assumée et affriolante, permettant au passage d’affirmer son autorité sur les hommes. 

A votre avis, quelle sera l’era de son album à venir ? 

D’ailleurs avez-vous remarqué comme une era – dans l’industrie musicale – raconte un album ? Le style est là et devient un fil rouge. Elles vivent une era comme un moment de rupture, de réappropriation ou de revendication. Leur esthétique devient alors un outil de narration politique et identitaire.

L’esthétique comme identité

Cute Girl Summer est une esthétique que j’ai choisie et qui a toujours fait partie de moi. Mais, c’est aussi une era pendant laquelle j’ai décidé de raconter ma joie et ma féminité tout en honorant ma part enfant. 

Megan Thee Stallion a fait du sexy un étendard.
Sabrina Carpenter a choisi la housewife qui s’encanaille comme narratif esthétique. Ce que ces femmes ont en commun ? Elles ne se déguisent pas. Elles s’expriment.

Et peut-être que mon cute girl summer est une forme d’expression sans être une performance. 

Être cute c’est politique, non ?

Disclaimer : si l’esthétique “cute” est souvent associée à la blancheur, à la délicatesse, voire à la docilité, il faut se rappeler qu’elle n’est qu’une variation parmi tant d’autres. Qu’il y a toujours la possibilité de se réapproprier les codes et détourner les clichés pour raconter autre chose (exemple avec le mot queer – d’abord une insulte, devenu étendard identitaire des communautés LGBTQIA+).

Être cute, ce n’est pas être faible.

J’ai souvent détesté qu’on me qualifie de “mignonne” parce que j’associais cela à une forme de faiblesse. 

Mignonne, c’est pas assez.
C’est ni belle, ni sexy ni forte. C’est moyen.
Peut-être parce que la société patriarcale nous rappelle qu’être mignonne, c’est aussi être douce. Et que la douceur est mal vue en capitalismo-patriarchy puisqu’elle est féminine. Mais pas féminine comme les hommes voudrait qu’on le soit… Tu vois ? 

Mais aujourd’hui, je vois la douceur comme une force – surtout dans un monde où tout pousse à se durcir envers soi, envers les autres. La douceur dans un monde qui valorise la dureté est une forme de force

Être cute, c’est refuser de sexualiser son corps

On revient sur ce gros sujet pour moi : choisir où, comment et quand on exprime sa sexualité. Probablement parce que j’ai grandi dans une famille semi-bourgeoise, blanche et à l’héritage chrétien ; j’ai développé une certaine pudeur quand au sexe. Je n’en parle pas sur les réseaux sociaux et je ne raconte pas mon intimité à mes proches. Pour autant, cela ne m’empêche pas d’être super ouverte d’esprit quand d’autres me demandent conseil ou me racontent leur histoire de fesses (j’adore aussi les contenus sexo hyper informatif de Marie Cay, WiCul et d’autres queens du bed talk).

Avec les fringues, c’est pareil.

J’ai accepté que les stéréotypes de ce qui fait une femme sexy (selon le male gaze) ne constitue pas la manière dont j’ai envie de m’exprimer. Je choisis le curseur de ma sensualité et de ma féminité en fonction des contextes, de mon humeur et de la température extérieure. 

Je ne refuse pas d’être féminine. Je choisis comment l’être

Être cute, c’est se regarder vraiment

Peut-être que le cute, c’est mon langage de puissance puisque j’ai mis beaucoup de temps à être douce envers moi-même et me comprendre vraiment. Je ne m’habille pas pour être regardée, mais pour me regarder moi-même.

Rappel : le female gaze, c’est un regard féministe et bienveillant. Tandis que le male gaze est un regard objectifiant et fait “à l’insu de”.  

Peut être que la cuteness est un acte de résistance face au désir imposé par le male gaze ? Alors, est-ce qu’être cute, ça ne serait pas une option esthétique du female gaze ?

Grâce à cette identité, j’ai le sentiment d’être pleinement moi : colorée, joviale, créative, parfois féminine d’autres fois moins.

Le Cute Girl Summer, c’est un état d’esprit.

Aujourd’hui, je me sens pleinement moi-même. Colorée, joviale, sensible, créative. Parfois très féminine, parfois moins. Le Cute Girl Summer, ce n’est pas juste des fringues. C’est l’envie de s’exprimer avec sincérité.

Je m’en fiche qu’on me trouve niaise, faible ou coincée. Je ne veux plus performer ce qu’on attend d’une femme en été : être sexy, bronzée, délurée.

Je me regarde avec bienveillance – comme je le fais avec toutes les femmes, peu importe leur style. Parce que le style raconte toujours quelque chose.

Ce Cute Girl Summer est une esthétique que je ne vis pas comme une era. Elle exprime un état d’esprit plus profond, que j’ai hâte de continuer à explorer au-delà de l’été !

Je veux juste être moi.
Et à bas le patriarcat !

xoxo

Elena sans H

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